D’une chatte corse et de la vendetta

2012
06.03

Exhumé lui aussi du forum salsafrance, une réponse versifiée à une proposition de vendetta – pour de rire !

 

D’une chatte corse et de la vendetta

Point ne suis vengeuse même si l’apparence
De mon masque félin évoque une ambitieuse
Morte et ressucitée elle aussi la copieuse
Traduite au cinéma en sombres circonstances…

Halle la pitofienne a raté son entrée.
Mais ne cherchez pas dans une chatte lascive,
Lovée sur toit brûlant, paresseuse, inactive,
L’ombre d’une héroïne en latex enroulée.

La vengeance est un plat qui se mange glacé
Et en chatte gourmande il est bon de le dire :
J’aime bien trop manger pour briser mon sourire
Sur l’arête tranchante d’un picard gelé.

Je préfère de loin pêcher, patte en cuillère,
Courir les champs, jouer, sauter après les mouches,
M’étirer, m’allonger, me rouler dans ma couche,
Que de me proclamer terrible justicière.

Je prends ainsi ma patte (autrement dit : je kiffe)
Car de Gata le sang pourtant à moitié corse
Ne bout à lourds degrés que si l’on s’y efforce :
Il en faudrait bien plus pour que sortent mes griffes.

Le Faux-rhum et la vraie eau-de-vie

2012
06.03

Un poème en forme de mythe – ou un mythe en forme de poème -, enfin bref une fable, postée sur le forum Salsafrance à l’époque où j’en faisais encore partie et où il vibrait de façon assez intéressante. Ma version de la création du forum par Jack el Oso, son fondateur et un salsero des débuts de la salsa parisienne.

 

Le Faux Rhum et la Vraie Eau de Vie

Il était un pays, contrée inattendue,
Qui naquit tout d’abord dans l’esprit enfiévré
D’un ours que trop de miel, qui plus est fermenté,
Avait rendu prolixe en idées imprévues.

« Si -hips- je gouvernais un royaume dit mien
J’en ai la certitude : aucun de mes sujets
Ne saurait refuser un seul de mes souhaits.
Je serai dictateur adoncq, ou souverain.

Ce n’est pas que je sois un ours si mal léché
Mais je souffre de soif et ma gorge est aride
Et tout autour de moi point ne vois de liquide
D’odeur ou de saveur propre à me soulager.

Or donc si j’étais roi je pourrais réclamer :
‘Servez moi donc, féaux, trouvez moi du vieux rhum,
Un qui vieillit en fûts, un que boivent les hommes,
Que je le boive, moi, Plantigrade Premier.’ »

Aussitôt dit, ainsi fut fait. L’ours devint roi.
Le peuple ainsi soumis lui fit alors la gloire
De le nommer « Gwan Jack » – car tel fut son vouloir -
Et de chercher le rhum pour crier « le roi boit! »

Son peuple à ses genoux l’adorant, le servant,
Le maître satisfait n’avait qu’un mot à dire :
« Dansons, parlons, buvons, mais avec le sourire! »
Et tous de se plier à cette loi. Pourtant…

Parmi les courtisans certains ne buvaient point :
Les vapeurs de l’alcool en rendaient un cynique
Il vint et dit son fait puis partit, l’as de pique,
Et, nommant « faux » le rhum, alors il s’en tint loin.

Puis advint un conflit parmi les animaux :
Un cousin ursidé mordit une féline
La chattoune griffa – car elle était sanguine -
Et malgré le faux rhum ils eurent quelques mots…

Un chien plutôt joueur qui se croyait un loup
Ayant la langue longue et plutôt bien pendue
Indisposa la Cour de quelques mots perdus
Et elle le bannit en lui cherchant des poux.

Et du jardin d’Eden rêvé par notre Oso
Trop de rhum frelaté fit une jungle inouïe
Où certains animaux, se voulant réfléchis,
Envisagèrent que ne soit bue que de l’eau.

« Certes, cela m’agrée, si c’est de l’eau de vie! »
Dit le velu monarque amateur de boissons.
Car si le rhum est faux (et pourtant qu’il est bon!)
L’eau de vie est réelle, elle me plaît aussi. »

Son ordre fut suivi, et tous de proclamer
Qu’il est sage d’avoir un monarque avisé.
La morale nous dit : « Jamais ne confondez,
Le Mensonge abusif, la belle Vérité… »

Rani-an-gnan

2011
12.15

Bon ben Rani c’est encore une bonne grosse daube full of clichés.

Ya la bombasse libre et fière qui refuse l’époux imposé, s’habille en homme, apprend à se battre, perd sa virginité hors des liens sacrés du mariage… bref, veut choisir son destin. Le gros méchant vilain avec rien à sauver, qui tue son père et sa maîtresse, viole sa fiancée et essaie de se taper sa sœur (s’il n’avait eu qu’un seul de ces vices il aurait déjà été sacré Monsieur Cliché himself, mais là c’est carrément un collector). Et le premier amant beau, courageux, moitié Irlandais moitié Anglais – mais comme de bien entendu tout ça avec l’accent parigot -, doux, tellement parfait qu’il faut bien qu’il meure au lendemain de la 1ère nuit d’amour, histoire que l’amour devienne mythique – et qu’on puisse le faire surgir du chapeau magique de la résurrection télégénique plus tard dans la série (mais bon il n’a pas de très jolies fesses quand même)… Ah et puis j’ai oublié le meilleur ami, robin des bois noir, chef d’une bande de brigands sauvages qui ont le bon droit avec eux puisqu’il se battent pour détrousser les riches au profit des crève-la-faim (l’éternel combat de la gauche contre la droite en fait). Ah oui, et puis ya la petite amie de Robin des bois, forcement une rousse sensuelle et jalouse qui menace l’héroïne avant de devenir sa meilleure amie (je présume… ah non, je me suis trompée pour la rousse, elle ne deviendra la meilleure amie de personne. Dans ce monde cruel, ton mec te trompe, tu le trahis pour te venger, et couic… il te fait le cou(p) du lapin.). Tiens d’ailleurs, je ne savais pas que le peuple était déjà appelé « les damnés de la terre » au XVIIIème… quand même, on en apprend, des trucs, sur France Télévision… Bientôt le grand black va monter sur un rocher et haranguer les prolétaires pour leur prêcher la revolution contre le Grand Capital… port’nawak.

Tout ça of course sur fond de cavalcades endiablées (ironie), de combats au corps-à-corps sauvages entre femelles dans la boue (ironie aussi – on dirait une bataille de gamines de 8 ans malgré le classicisme du fantasme mis en scène), et de cuisses, d’exotisme à peu de frais (hop, deux-trois turbans, une série de saris et on est en Inde), et bien sûr de fesses et de nichons ballotants (mais pas de foufounes, ou pas trop, on est quand même sur France 2). C’est pas franchement mieux filmé qu’un téléfilm érotique de M6, et dans les scènes d’action il faudrait appuyer sur avance rapide pour sentir vraiment le dynamisme haletant du schmilblic, mais quoi… c’est la crise.

Suite de la série de cliches, l’héroïne, toujours libre et fière (mais plutôt comme Diego… dans sa tête) est faite esclave et obligée de se prostituer. Sauf qu’elle veut pas, ah bah voilà. Pas qu’elle veuille pas coucher, hein, parce que comme dit plus haut, elle n’a froid ni aux yeux ni ailleurs la jeune dame, mais rapport à sa fière liberté, tout ça tout ça. Arf j’ai oublié de dire aussi qu’elle couchait avec sa meilleure amie au couvent – c’est connu, les petites jeunes filles enfermées au couvent avant qu’on les marie se mignottent toutes la chattoune au plus noir de la nuit, quand les nonnes ont le dos tourné… En fait cette série c’est juste un gros prétexte pseudo-culturel pour diffuser du cul en prime time sur France Television. Le XVIIIème siècle a bon dos quand même – sous prétexte de série historique on nous vend du libertinage à la sauce fantasmes de notre temps.

Bref, en deux épisodes, l’héroïne a quand même eu le temps de : coucher avec une femme, perdre son père, perdre son héritage, découvrir que son frère est un ignoble salaud, esquiver un mariage peu ragoûtant, s’enfuir, penser au suicide, être sauvée du suicide par un bel étranger, montrer un peu ses seins, se faire piéger dans un immonde complot, perdre la confiance de sa meilleure amie, se faire arrêter, se faire condamner à mort, esquiver une tentative de viol, tenter de s’enfuir, se faire attraper, se faire délivrer, montrer beaucoup plus ses seins, perdre sa virginité / coucher avec un homme, tomber amoureuse, montrer ses seins ET ses fesses, perdre (à ce qu’elle croit) son grand amour, se re-faire arrêter, se re-faire délivrer, vivre avec les brigands, apprendre à manier l’épée, se battre dans la boue, se faire trahir, perdre son meilleur ami, se re-re-faire arrêter, se faire passer pour une autre, se faire envoyer aux colonies, devenir une esclave, se faire acheter par une mère maquerelle, montrer ses seins, ses fesses ET ses poils pubiens, refuser de coucher avec son client, s’enfuir, se re-re-re-faire arrêter et… ouf, non, c’est bon, c’est tout pour ce premier mercredi. Franchement je suis épuisée.

La suite au prochain épisode…

Scat tamoul

2011
11.30

 

Mardi dernier, soit le 22 novembre, nous avons assisté à la Gaieté-Montparnasse à un SVNI… un Spectacle Vivant Non Identifié.

Non identifié mais très identifié à la fois puisque les deux co-initiateurs du spectacle sont deux grands noms, chacun dans son genre, de la musique – et pour l’un, de la danse même. Si vous ne les avez pas reconnus dans cette présentation elliptique, j’ai nommé : Didier Lockwood et Raghunat Manet, une superstar du crazy violon et un Indien francophone qui fait de la musique avec ses mains, ses pieds et sa bouche (et on s’arrêtera là, merci). D’où le SVNI. Parce que oui, c’est aussi démentiel sur scène, en vrai, qu’écrit comme ça, là.

Il faut dire qu’ils sont très talentueux l’un comme l’autre, et qu’ils étaient accompagnés par deux artistes très talentueux aussi, une chanteuse lyrique adepte des « meltranges » (ou mélanges étranges), et un percussionniste indien complètement bluffant, donc ça ne pouvait donner qu’un ensemble à la qualité à la fois évidente et délirante, qui vous scotche et vous assied pour environ une heure de voyage – un voyage vers l’Inde du sud of course puisque Manet est un expert du bharata natyam, danse emblématique de l’Inde du sud et en particulier de la région qui fut (et reste un peu) francophone de Pondichéry, et que Murugan, le percussionniste, est dravidien jusqu’au bout de ses doigts effilés. Mais un voyage vers l’Ailleurs absolu aussi, parce que le violon de Lockwood, lui, n’est pas indien – d’une modernité à effrayer la tradition, tout électrique qu’il est – et que le chant d’Aurélie Claire Prost est tout… sauf indien en fait. Et le mélange de cette indianité marquée avec cette occidentalité présente est une invitation à imaginer des pays qui n’existent pas, du genre de ceux où on invente des perles de pluie…

Pour faire bref donc : j’ai vraiment beaucoup aimé, totalement hypnotisée, parfois, par l’énergie folle du danseur Manet, quasiment en transe dans sa prestation mystique ; par la prestation hallucinante de Lockwood qui fait parler et même rire son violon (je vous jure qu’il le fait littéralement rire !) dont les sons lui sortent d’ailleurs directement du corps, au point qu’il n’arrête pas de se lever, se rasseoir, et se relever encore pour les aider à sortir ; par la grâce de la prière amoureuse de Prost ; et par l’exercice de haute voltige de Murugan, percussionniste qui mérite mieux que d’avoir son nom en tout petit sur l’affiche… Totalement hallucinée aussi par l’exercice de scat tamoul auquel se prêtent Manet, Murugan, et même Prost (qui articule le tamoul avec beaucoup de bonne volonté et une prononciation anglo-saxonne quelque peu incongrue, mais charmante), et auquel nous sommes, avec cette fois un certain espoir de la part de Manet (ou une certaine ironie qui sait ?) conviés à participer. Une prestation hallucinante dont le rythme s’accélère dans la transpiration et les clappements de mains, les frappements de pieds, et les ponctuations de sourcils du danseur indien.

Mais j’ai tout de même été un peu moins convaincue par Manet musicien – oh pas techniquement hein ! il joue de la veena magnifiquement, et d’ailleurs c’est totalement magnifique… mais il ne tient pas tout à fait la distance lorsqu’à côté de lui c’est Dider Lockwood qui joue du violon enchanté (et pas que du violon d’ailleurs…). Parce que Manet intériorise la veena lorsque Lockwood exulte du violon, et ça, pour un public, ça change la donne. Comme dit plus haut, Lockwood nous parle avec son violon, il en fait une excroissance de lui-même – comme Jimmy Bosch au trombone, tiens – une extension de sa bouche, de son cœur, de ses tripes, de son âme, comme un marionnettiste qui peut faire parler sa poupée depuis le centre de son corps. En face, la poésie de Manet reste un chouïa en-dessous. Et puis ce qui reste compliqué, toujours, c’est d’entrer dans un monde dont les codes nous sont rigoureusement inconnus (je pense à la séquence aigle versus éléphant / ah euh non dragon versus monstre… enfin bref on n’a pas bien compris) ; et même si, ici, ça ne compte pas vraiment de comprendre ou non ce qui se passe dans le rituel qui nous est offert (puisqu’il nous est demandé de laisser libre cours à notre imagination), le seul moment de traduction qui nous est donné (« Aaaaah !!!! c’est un hommage à Shivaaaaa !!!!) est très agréable, et fort bienvenu quand il se produit. Et c’est d’ailleurs là qu’en quelques mots seulement, le bharata natyam nous est expliqué – sans explication : danse mimée, illustration poétique, elle est donc la danse des dévots de Shiva, où chaque geste donne à voir une fleur, un fruit, un arbre…

Une déception pourtant : malgré tout leur talent et toute leur bonne volonté – Manet exsudant – littéralement – la joie d’être ici et de donner à voir son art, sa raison d’être -, la salle était très vide… L’horaire (19H) est peut-être en cause, car cela fait tôt pour les Parisiens, mais il serait dommage qu’un spectacle novateur et traditionnel à la fois, c’est à dire aussi artistique que culturel, ne trouve pas le public qu’il mérite. Aussi j’engage tous ceux qui le peuvent à aller voir Omkara II de toute urgence, avant que la scène parisienne ne nous propose plus que des reprises de boulevard et des one-man-shows, et n’ose plus tenter les SVNI que frileusement – ou pas du tout…

8/10… courez-y !!! (Et en plus c’est à la Gaieté-Montparnasse, charmante petite institution parisienne sise dans une rue authentique et exotique, où l’on ne compte que des bars, des restos japonais, des théâtres… et des sex-shops. Un bonheur on vous dit !!!)

A consulter : www.raghunathmanet.com et www.didierlockwood.com

Cet article a également été publié sur le site de l’association Quatre Epices.

Oeil pour oeil, fille pour fille…

2011
11.23

Ouh là. Pujadas en dubbing sur quelques images d’Obama et de ses filles : « Barack Obama et ses deux dindes… » Ratage de synchronisation (les vraies dindes furent à l’image vingt secondes plus tard) ou vengeance au nom de Giulia Sarkozy ???

La quatrième dimension…

2011
08.23

Ahahahaha !!! En v’la une bonne !!!

Moi : « Dites donc c’est la 4eme fois que je commande des sushis chez vous et c’est la 4eme fois que votre livreur est en retard. Normalement ce genre de chose n’arrive qu’une fois dans une entreprise de livraison, et donne lieu a un geste commercial. »

« Ah mais non madame il est pas retard, la livraison est prévue pour 22H20″.

« Non monsieur, 22H02. »

« Mais non madame c’est 22H20. »

« Alors tu lis correctement et il est écrit 22H02. »

Après un temps, lui : « Ah oui madame, en effet, mais le livreur est parti il y a longtemps, il devrait pas tarder a arriver. Alors je vais noter un geste commercial, vous voulez quoi comme dessert ? »

« Je préfèrerais que le livreur soit à l’heure… De toute façon vous voulez me le livrer comment le dessert, si le livreur est parti ? »

« Ah mais il est pas loin, je peux le rappeler ! »

Moi : « …?????!!!!! Comment ça il est pas loin ??? je croyais qu’il était parti depuis longtemps !!!! »

« Depuis six-sept minutes en fait, mais vous savez comme on dit ‘le client est roi’ alors c’est vous qui voyez ! »

Moi, à mi-chemin entre l’énervement et le fou-rire : « Mais vous êtes sérieusement en train de dire à une cliente qui se plaint du retard de votre livreur que vous pouvez le mettre encore plus en retard ??? »

Lui : « Ah c’est comme vous voulez madame, c’est vous qui choisissez… »

Comment te dire, mon gars… que je choisis de ne plus jamais commander chez toi ?

Ben comme ça : je choisis de ne plus jamais commander chez toi (NOYO SUSHI pour avis). La vie, c’est simple comme un coup de fil (en fait). :-)

Super 8… ou pas.

2011
08.04

Bon on ne va s’étendre indéfiniment sur un sujet aussi peu intéressant : Super 8 est un mauvais film avec une bonne bande annonce, ce qui fait que nous nous sommes laissés piéger ce soir – comme beaucoup d’autres sans doute – et avons subi, mortifiés d’ennui, un film rapidement indigent dont le scénario brasse allègrement tous les poncifs, hésitant entre diverses directions : historique (un portrait des Etats-Unis pendant les années 60, époque de la guerre froide), nostalgique (la pré-adolescence et ses premiers émois, pas encore sexués, et tellement émouvants), catastrophe (un impressionnant déraillement de train, puis un impressionnant alien, puis un impressionnant incendie, manquent tour à tour de ravager une petite ville de province), horrifique (un gros alien monstrueux mange les êtres humains), moralisateur (le méchant n’est pas celui qu’on croit, ô surprise, l’alien mange les humains mais il est gentil quand même et ô surprise, l’armée américaine est composés de gros cons… sans dec ???), et bien sûr mélo (maman est morte, papa ne me comprend pas, mais en fait papa m’aime quand même, que diable ! je ne suis pas seul…)… Bref, un vrai gloubiboulga de cinéma, conçu par deux fêlés du septième art qui ont certainement voulu célébrer à leur façon leur vocation enfantine et leur amour vibrant pour la pellicule et le grand écran, à coup de références à (un peu) tous les genres et même à leurs propres films (ou en tout cas au moins à E.T.)… sauf que n’est pas Quentin Tarantino qui veut, et que le résultat est indigeste.

Reste de jolies performances de jeunes acteurs, en particulier le duo de tête, quelques moments d’humour, et un formidable générique de fin (le court-métrage réalisé par les personnages et qui sert de prétexte au début de l’aventure), mais franchement, rien ne peut sauver le film, bourré de pistes inutiles, de cette incessante question : « Mais… ça sert à quoi ça dans l’histoire ? Et ça, là, ça sert à quoi ? ». Et du coup, en fait, rien ne peut sauver le film… tout court.

3/10, peux pas mieux faire, désolée.

Priceless Blades

2011
08.03

Bon, autant que vous le sachiez tout de suite, je suis amoureuse de Ruben Blades depuis que j’ai commencé la salsa (voir ici). Pedro Navaja a bercé mes premiers mouvements de hanches, à l’époque où je suivais les cours – qui n’avaient de cours que le nom – d’un certain salsero colombien amateur de jolies filles. La voix de Ruben Blades, cette façon si particulière de moduler ses phrases, la qualité de ses vers – car il faut bien appeler « vers » ce qui appartient plus au domaine de la poésie que de la musique -, les thèmes de ses textes, tout me plaisait, et tout ce que je découvrais et continuais à découvrir me plaisait également. Ses collaborations, sa créativité musicale – bien au-delà de la salsa, avec un répertoire flirtant avec toutes les musiques, par exemple la musique irlandaise -, et son engagement personnel, bref… j’avais (enfin) une idole.

Bon j’exagère un peu quand je parle d’idole, mais je n’exagère pas quant à mon enthousiasme pour Ruben Blades, auteur et chanteur panaméen, acteur, avocat diplômé de Harvard et ministre en son pays. Et par conséquent cela fait des années que j’attendais avec impatience une occasion de le voir sur scène, occasion qui se faisait d’autant moins probable que la carrière du monsieur avait pris un tournant politique et qu’il avait interrompu ses déplacements musicaux… imaginez ma joie à l’annonce cette année de sa venue, sans cesse espérée, sans cesse annoncée, et sans cesse repoussée, au festival Tempo Latino de Vic-Fezensac ! Cette venue justifiait pour moi des dépenses que je n’avais pas eu l’intention de faire au départ : billets de train pour Toulouse, location de voiture, recherche d’un logement sur Vic, un peu à la dernière minute, achat de billets plus chers que d’habitude (ah oui, le monsieur est une superstar, et son cachet est en rapport…). Et tout ça en doublon car il était hors de question que je laisse Yann refuser de venir à Vic cette année encore : si Ruben il y avait, Yann il y aurait. Et les dépenses se sont avérées encore plus lourdes que prévues puisque, à la dernière minute, nous nous sommes aperçus de la disparition des places de concert que j’avais pourtant – ou du moins c’est ce que je croyais – aimantées sur la porte du frigo… Donc veille de départ, chamboulement de l’appart’, recherche assidue des places disparues… mais chou blanc, et donc rachat des billets. Arf. Mais quoi, c’est Ruben B., 63 ans, aimé et idolâtré. Par moi. Et au-delà du coût total du Ruben-trip sur un plan financier, il faut parler aussi de l’énergie dépensée pour ce voyage : plus de huit heures de train à l’aller, la même chose au retour, et deux heures de voiture de Toulouse à Vic, des bagages lourds, et une nuit abominable dans un canapé-lit aussi ondulé que l’océan par temps venteux. Mais quoi, c’est Ruben, et Ruben vaut tous les sacrifices.

Donc… sans regret. Aucun. Et pourtant, ce ne sera pas le meilleur souvenir musical de ma vie… Mais quoi, si je n’y étais pas allée, j’aurais continué à adorer un demi-dieu qui n’existe que dans mon imagination. Et la chute de mon idole de son piédestal, c’est-à-dire la mise à bas de mes illusions, valait bien, sans nul doute, le prix que j’ai payé pour y avoir droit. Oh, non que le concert eut été mauvais ! C’est juste qu’il n’a pas été formidable, et c’est bien suffisant pour être déçue – si je m’autorisais à être déçue. Car bien au contraire, je ne le suis pas… étonnamment. Je suis contente d’avoir assisté à ce concert, et d’avoir enfin vu Ruben Blades, car si je ne l’avais pas fait, j’en aurais eu des regrets toute ma vie. Et qui sait quand j’aurais pu assister à nouveau à l’une de ses prestations ? En effet, son concert parisien a quant à lui été annulé, faute de spectateurs motivés…En plus, Jimmy Bosch nous avait fait la surprise d’être de la partie, et là où sonne le trombone de Jimmy, il y a toujours un grand moment de musique à vivre. Cet homme ne joue pas du trombone, il en parle ! L’instrument est comme une excroissance de son corps, un morceau de lui-même, un prolongement de sa bouche et de sa voix, qu’il sait faire gémir, pleurer, rire,… toujours aussi impressionnant le gars Jimmy, et un véritable atour dans la manche de Ruben, surtout lors d’un concert vicois – car Vic rend bien à Jimmy l’amour que Jimmy a pour Vic.

Alors pourquoi le concert n’était-il pas si formidable que cela ? Je passe sur le fait qu’il m’a été impossible de comprendre correctement le rubenblades, une langue étrange faite d’un mélange d’espagnol panaméen (ouh là là l’accent caribéen !!!) et d’anglais panaméen aussi (ouh là là l’accent hispanique !!!), ce qui représente tout de même une certaine frustration car l’artiste a beaucoup parlé, entre ses mots chantés. Et d’ailleurs, il vaut mieux parler l’espagnol et/ou connaître les textes de Blades lorsqu’on assiste à l’un de ses concerts, car je crois que sinon, on passe à côté de l’essence même de son oeuvre, et qu’on ne doit pas autant apprécier. Alors, si le concert n’a pas été parfait, c’est tout d’abord parce que Blades a instauré une ambiance quelque peu moyenne en imposant ses désidérata – pour ne pas dire « caprices – à l’équipe de bénévoles passionnés du festival de Vic Fezensac : cachet probablement impressionnant et non négociable (d’autres stars sont venues à Vic, et pourtant jamais le prix des places n’avait nécessité d’être augmenté) ; début du concert à 22H30 maximum, et pas une minute de plus ; interdiction de tout instrument d’enregistrement dans les arènes, sous peine d’interrompre le spectacle (et on ne rigole pas avec cette interdiction, puisque par deux fois au début du concert, les spots se sont retournés vers le public et ont inondé les arènes d’une lumière extrêmement crue, pour permettre aux agents de sécurité de se diriger vers les spectateurs que les caméras de surveillance avaient surpris en plein sacrilège, le portable à la main et la vidéo enclenchée). L’esprit « Nous afons les moyens de fous faire arrêter te filmer » m’ayant sensiblement pourri mon groove, je n’en ai été que plus attentive aux couacs et aux désagréments du moment… qui pourtant n’en pas été rempli : un ratage sur le début du très attendu Pedro Navaja, pourtant précédé d’une introduction nouvelle et fort sympa (Thriller de Michael Jackson, décidément omniprésent dans les concerts ces derniers temps), bref, très loin de ça : http://www.youtube.com/watch?v=651A9pXPOdc ; deux énormes prompteurs incongrus face à Ruben, réputé meilleur sonero encore en vie (et donc meilleur improvisateur) ; un Ruben, au premier plan sur l’avant-scène alors que les musiciens sont relégués derrière ; un assistant dressé au doigt et à l’oeil (Ruben manifeste qu’il a peut-être un peu froid, l’assistant accourt avec une petite laine et la lui enfile sur scène) ; un manque d’énergie sur la plupart des titres, avec des musiciens statiques et un Ruben un peu mou du genou (bon, 63 ans, mais quand même…)… autant d’éléments qui m’ont perturbée et rendue moins sensible aux qualités du spectacle.

Pourtant, objectivement, il en avait des qualités ce show ! Et surtout celui d’être animé par des musiciens de grand talent, qui nous ont offert de superbes solos – et je ne parle pas seulement de Jimmy Bosch, amoureux de Vic au point de s’inviter lui-même sur des concerts où il n’est pas prévu, et, artiste du boeuf, affirmant sa philosophie de la musique en montant sur scène dès qu’il le peut, quelle que soit la notoriété du groupe avec lequel il se décide à jouer -, et des versions magnifiques de titres plus ou moins connus de Ruben Blades (notamment deux versions à tomber par terre de Juan Pachanga et Plantacion adentro)… de vrais moments de magie. Parce que oui, à la première seconde où Ruben a ouvert la bouche, la magie a opéré, et j’ai eu des frissons. Et pour ces frissons-là, je peux pardonner la mégalomanie d’un artiste sans le moindre doute talentueux, mais qui a le défaut, comme beaucoup, de se prendre pour un génie… ce qui ne l’empêche pas de saluer un à un chacun de ses musiciens à la fin du concert. Ouf !

7/10 (mais j’aurais tellement voulu mettre plus…).

Prince brade les prix…

2011
08.03

… mais pas la qualité.

Fin juin j’avais finalement décidé d’acheter des places pour le concert de Prince, ne pouvant résister à la tentation d’aller voir THE artist, celui que j’espère pouvoir admirer en concert depuis que j’ai 13 ans – et ce même si le coût du concert dépassait quand même le budget que nous pouvions nous permettre d’investir, mon homme et moi. D’un côté, la folle envie de voir Prince – envie d’autant plus forte que nous n’avions pu aller à Arras l’année précédente -, de l’autre, l’envie tout aussi folle de partir quand même un peu en vacances cet été… mais Prince avait fini par avoir raison de nos derniers rêves de plage, et j’avais commencé à chercher des places au meilleur prix quand, cerise sur le gâteau de la pop, l’artiste, généreux comme un Prince (ha ha), décida, à quelques jours du concert, et alors que je m’escrimais à négocier les meilleurs prix pour racheter des places sur ebay, de brader une bonne tripotée de places toutes catégories – places que la crise allait sans cela visiblement lui laisser sur les bras. Du coup, et sans la moindre hésitation cette fois, nous avons sorti la carte bancaire et acheté deux bonnes places en première catégorie. Joie.

Et parce qu’un bonheur ne vient jamais seul, il se trouve que – mais je ne suis pas sûre qu’on puisse en être surpris – le concert fut excellent, au bémol près que nous ne nous attendions pas à le trouver si court, Prince étant réputé pour ne pas savoir mettre le mot « fin » sur l’une de ses prestations, preuve en est de l’apparition faite sur Canal Plus l’avant-veille, qui avait largement débordé du créneau horaire attribué au Grand Journal et que la chaîne avait dû relayer sur son site internet. Mégalo le Prince, mais généreux donc, aussi… et surtout, musicien comme probablement pas un autre ne sait l’être, c’est-à-dire : roi de la scène. Il l’a d’ailleurs rappelé sur le plateau de l’émission, cette prééminence absolue de la scène pour le musicien : face à la dérive du téléchargement illégal Prince réaffirme l’importance de la musique « en live » face à tout enregistrement studio. Si les mp3 circulent gratuitement, que le musicien gagne sa vie dans la sueur et la lumière des spots – le public ne s’en plaindra pas. Et sans doute que le public basique, aussi peu riche que je le suis moi-même, investira plus facilement dans des sorties concerts qu’il n’aura plus à le faire dans des disques… mais bon, ceci est un autre débat.

Je disais donc que le concert, de plus de deux heures pourtant, nous a paru trop court, à mon homme et moi, tant il y a de morceaux que nous aurions voulu entendre, et tant personne, sur scène comme dans le stade, ne semblait fatigué. Hélas hélas, le stade de France a des règles draconiennes en la matière, et la sécurité impose de s’arrêter aux alentours de minuit. Menacés de nous transformer en citrouilles nous avons donc fui vers le parking, non sans avoir avant cela profité d’une prestation absolument formidable. La première partie du concert était constituée de reprises de standards funk et pop principalement, y compris un petit clin-d’oeil à Michael Jackson – l’illustre « ennemi de toujours » de Prince, en tout cas selon la presse (parce que franchement si on y réfléchit on ne voit même pas pourquoi les comparer) -, puis le groupe a abordé le répertoire de Prince, en renouvelant les morceaux et en les enchaînant comme dans un gigantesque medley, laissant, of course, la part belle à Love Symbol soi-même, qui nous a même gratifiés sur la fin d’une petite chorégraphie ma foi fort agréable. Mais même s’il se taille la part du lion dans un léger assaut de mégalomanie – une mégalomanie pour laquelle il est par ailleurs bien connu (« WHAT’S MY NAAAAAME ???? » et nous en choeur « PRIIIIIIIINCE !!!! ») -, Prince, musicien polyvalent (qui a même ici quitté la gratte un instant pour un superbe solo de basse), n’en écrase jamais pour autant les musiciens dont il s’entoure, dont il sait s’entourer (comme ici Maceo Parker)… Tiens en parlant des musiciens dont il s’entoure, je vais plagier mon père qui m’a signalé lorsque je n’étais qu’une enfant à quel point Prince a à la fois l’oeil et l’oreille pour sélectionner des musiciennes ultra-brillantes et absolument torrides en même temps – ce qui s’avère tout aussi vrai aujourd’hui, car de la bassiste aux choristes chacune était monstrueusement charismatique et plus que talentueuse en son domaine,  la palme revenant à la chanteuse-guitariste qui, plus sexy que Lucifer en string, a probablement brisé quelques coeurs, et même quelques couples, lors de sa déclaration d’amour chantée aux Parisiens. On pouvait littéralement sentir la chaleur exsuder par tous les pores masculins, et je crois bien qu’à ce moment-là le stade de France n’était plus qu’une gigantesque érection…

Bref, une soirée torride, pleine d’émotions et de sensualité, un show à la hauteur du lieu et du bonhomme, à la réserve près qu’il fut trop court. Mais il est bien connu qu’il vaut mieux laisser après soi un goût de trop-peu plutôt qu’un goût de too much… et tant pis pour le trop-peu, après tout, je ne peux pas faire autrement que d’attribuer un 10/10 à mon premier amour musical. Merci Prince, et… encore, encore, encoooooore !!!!

http://www.youtube.com/watch?v=o6seRkTeEQ8

Un peu trop de laque…

2011
04.27

Hier au soir, la première de Hairspray dans sa version française, au Casino de Paris. Là aussi j’ai emmené mon homme, que j’essaie de convertir à l’amour des musicals made in Broadway, et qui ne m’avait pas accompagnée pour Spamalot ni pour Un Violon sur le toit. Et pour une fois, nous en sommes sortis avec la même opinion : en gros, ladite opinion c’est « bof ».

Il y a de jolies choses dans cette version de Hairspray, à commencer par la traduction française qui – et pourtant j’avais peur ! – est très bonne et ne trahit ni la musicalité des chansons ni le sens du texte. Chapeau donc à Stéphane Laporte et Nicolas Laugéro-Lasserre qui ont brillamment passé l’épreuve la plus difficile que posent aux amateurs français les comédies musicales américaines. Il y a également de bons acteurs, chanteurs et danseurs (même s’il n’y a, hélas, aucun bon acteur-chanteur-danseur) et certaines séquences sont vraiment abouties et ne méritent aucune retouche – je pense en particulier au duo Edna-Wilbur, extrêmement touchant et drôle, et totalement réussi, et à la séquence de Miss Baltimore Crabs, pas très poussée chorégraphiquement mais parfaitement interprétée.

Mais il y a aussi, et surtout, pas mal de moments où on s’ennuie, parce que le rythme n’est pas tenu, parce que tout s’essouffle – à commencer par les chanteurs qui n’ont pas toujours le niveau (mon Dieu mais est-il pardonnable de chanter faux dans une comédie musicale ???), ou qui ne savent pas danser et chanter en même temps, un B.A.BA pourtant dans l’art de la comédie musicale… Et si Lola Ces incarne parfaitement Tracy, tant physiquement que dans son jeu et ses chansons (très jolie voix), il lui manque pourtant la caractéristique essentielle du personnage : savoir danser… Visiblement larguée dans certaines séquences elle a le défaut caractéristique des débutants en danse : regarder légèrement sur sa gauche (ou sa droite) pour copier les mouvements sur les autres, et les effectuer avec un temps de retard. Et, si certains acteurs sont véritablement excellents (Edna, Wilbur, Wilma, et indéniablement Penny) on frise parfois la catastrophe : le pire numéro est sans nul doute celui de Delphine Mendy (Maybelle) qui joue vraiment comme une savate et ne sonne jamais juste – et ce même quand elle chante. Horrible, la séquence Je sais d’où je viens… Pourtant elle a certainement une belle voix, mais sur certaines notes (et même bien tenues) la justesse était véritablement absente. Quant à la mise en scène… eh bien il n’y a rien à en dire, car il n’y a rien à remarquer. Elle ne présente pas, hélas, d’inventivité, et j’en ai retiré le sentiment d’un déjà-vu assez peu motivant, jusqu’à me demander si c’était l’absence de moyens qui avait entraîné une telle pauvreté visuelle.

Au résultat, et si on pardonne facilement des défauts imputables probablement au stress de la première (car oui, c’était la première, et il faut bien avouer que c’est charmant de goûter à l’excitation de ce moment privilégié pour les comédiens comme pour les véritables aficionados présents dans le public), le travail proposé par cette équipe reste néanmoins en-dessous de ce qu’on attend d’un musical de cette envergure, dans une salle de cette qualité. Le Casino de Paris n’ayant pas l’habitude de présenter des spectacles amateurs on ne s’attend pas à se poser la question suivante lorsqu’on assiste à une représentation : « Mais euh… c’est une compagnie professionnelle ? ». Comme je n’ai pas la réponse à cette question je me contenterais de dire que, si ce travail est amateur ou semi-pro, il est plein de potentiel et mérite d’être encouragé et soutenu. Mais si, au contraire, l’équipe avait l’expérience et les moyens qu’un spectateur du Casino de Paris est en droit d’attendre, alors le résultat est globalement décevant, et ce malgré l’enthousiasme délirant d’une salle joyeuse et encourageante (jusqu’à finir en stand-up ovation !) probablement composée d’une majorité de proches des comédiens. ;-)

Comme j’ai plutôt tendance à valoriser qu’à tirer vers le bas, je donne 6/10 après avoir pensé à donner 5. Je vote pour le potentiel et la perfectibilité…