Archive for the ‘* Concerts’ Category

Priceless Blades


2011
08.03

Bon, autant que vous le sachiez tout de suite, je suis amoureuse de Ruben Blades depuis que j’ai commencé la salsa (voir ici). Pedro Navaja a bercé mes premiers mouvements de hanches, à l’époque où je suivais les cours – qui n’avaient de cours que le nom – d’un certain salsero colombien amateur de jolies filles. La voix de Ruben Blades, cette façon si particulière de moduler ses phrases, la qualité de ses vers – car il faut bien appeler « vers » ce qui appartient plus au domaine de la poésie que de la musique -, les thèmes de ses textes, tout me plaisait, et tout ce que je découvrais et continuais à découvrir me plaisait également. Ses collaborations, sa créativité musicale – bien au-delà de la salsa, avec un répertoire flirtant avec toutes les musiques, par exemple la musique irlandaise -, et son engagement personnel, bref… j’avais (enfin) une idole.

Bon j’exagère un peu quand je parle d’idole, mais je n’exagère pas quant à mon enthousiasme pour Ruben Blades, auteur et chanteur panaméen, acteur, avocat diplômé de Harvard et ministre en son pays. Et par conséquent cela fait des années que j’attendais avec impatience une occasion de le voir sur scène, occasion qui se faisait d’autant moins probable que la carrière du monsieur avait pris un tournant politique et qu’il avait interrompu ses déplacements musicaux… imaginez ma joie à l’annonce cette année de sa venue, sans cesse espérée, sans cesse annoncée, et sans cesse repoussée, au festival Tempo Latino de Vic-Fezensac ! Cette venue justifiait pour moi des dépenses que je n’avais pas eu l’intention de faire au départ : billets de train pour Toulouse, location de voiture, recherche d’un logement sur Vic, un peu à la dernière minute, achat de billets plus chers que d’habitude (ah oui, le monsieur est une superstar, et son cachet est en rapport…). Et tout ça en doublon car il était hors de question que je laisse Yann refuser de venir à Vic cette année encore : si Ruben il y avait, Yann il y aurait. Et les dépenses se sont avérées encore plus lourdes que prévues puisque, à la dernière minute, nous nous sommes aperçus de la disparition des places de concert que j’avais pourtant – ou du moins c’est ce que je croyais – aimantées sur la porte du frigo… Donc veille de départ, chamboulement de l’appart’, recherche assidue des places disparues… mais chou blanc, et donc rachat des billets. Arf. Mais quoi, c’est Ruben B., 63 ans, aimé et idolâtré. Par moi. Et au-delà du coût total du Ruben-trip sur un plan financier, il faut parler aussi de l’énergie dépensée pour ce voyage : plus de huit heures de train à l’aller, la même chose au retour, et deux heures de voiture de Toulouse à Vic, des bagages lourds, et une nuit abominable dans un canapé-lit aussi ondulé que l’océan par temps venteux. Mais quoi, c’est Ruben, et Ruben vaut tous les sacrifices.

Donc… sans regret. Aucun. Et pourtant, ce ne sera pas le meilleur souvenir musical de ma vie… Mais quoi, si je n’y étais pas allée, j’aurais continué à adorer un demi-dieu qui n’existe que dans mon imagination. Et la chute de mon idole de son piédestal, c’est-à-dire la mise à bas de mes illusions, valait bien, sans nul doute, le prix que j’ai payé pour y avoir droit. Oh, non que le concert eut été mauvais ! C’est juste qu’il n’a pas été formidable, et c’est bien suffisant pour être déçue – si je m’autorisais à être déçue. Car bien au contraire, je ne le suis pas… étonnamment. Je suis contente d’avoir assisté à ce concert, et d’avoir enfin vu Ruben Blades, car si je ne l’avais pas fait, j’en aurais eu des regrets toute ma vie. Et qui sait quand j’aurais pu assister à nouveau à l’une de ses prestations ? En effet, son concert parisien a quant à lui été annulé, faute de spectateurs motivés…En plus, Jimmy Bosch nous avait fait la surprise d’être de la partie, et là où sonne le trombone de Jimmy, il y a toujours un grand moment de musique à vivre. Cet homme ne joue pas du trombone, il en parle ! L’instrument est comme une excroissance de son corps, un morceau de lui-même, un prolongement de sa bouche et de sa voix, qu’il sait faire gémir, pleurer, rire,… toujours aussi impressionnant le gars Jimmy, et un véritable atour dans la manche de Ruben, surtout lors d’un concert vicois – car Vic rend bien à Jimmy l’amour que Jimmy a pour Vic.

Alors pourquoi le concert n’était-il pas si formidable que cela ? Je passe sur le fait qu’il m’a été impossible de comprendre correctement le rubenblades, une langue étrange faite d’un mélange d’espagnol panaméen (ouh là là l’accent caribéen !!!) et d’anglais panaméen aussi (ouh là là l’accent hispanique !!!), ce qui représente tout de même une certaine frustration car l’artiste a beaucoup parlé, entre ses mots chantés. Et d’ailleurs, il vaut mieux parler l’espagnol et/ou connaître les textes de Blades lorsqu’on assiste à l’un de ses concerts, car je crois que sinon, on passe à côté de l’essence même de son oeuvre, et qu’on ne doit pas autant apprécier. Alors, si le concert n’a pas été parfait, c’est tout d’abord parce que Blades a instauré une ambiance quelque peu moyenne en imposant ses désidérata – pour ne pas dire « caprices – à l’équipe de bénévoles passionnés du festival de Vic Fezensac : cachet probablement impressionnant et non négociable (d’autres stars sont venues à Vic, et pourtant jamais le prix des places n’avait nécessité d’être augmenté) ; début du concert à 22H30 maximum, et pas une minute de plus ; interdiction de tout instrument d’enregistrement dans les arènes, sous peine d’interrompre le spectacle (et on ne rigole pas avec cette interdiction, puisque par deux fois au début du concert, les spots se sont retournés vers le public et ont inondé les arènes d’une lumière extrêmement crue, pour permettre aux agents de sécurité de se diriger vers les spectateurs que les caméras de surveillance avaient surpris en plein sacrilège, le portable à la main et la vidéo enclenchée). L’esprit « Nous afons les moyens de fous faire arrêter te filmer » m’ayant sensiblement pourri mon groove, je n’en ai été que plus attentive aux couacs et aux désagréments du moment… qui pourtant n’en pas été rempli : un ratage sur le début du très attendu Pedro Navaja, pourtant précédé d’une introduction nouvelle et fort sympa (Thriller de Michael Jackson, décidément omniprésent dans les concerts ces derniers temps), bref, très loin de ça : http://www.youtube.com/watch?v=651A9pXPOdc ; deux énormes prompteurs incongrus face à Ruben, réputé meilleur sonero encore en vie (et donc meilleur improvisateur) ; un Ruben, au premier plan sur l’avant-scène alors que les musiciens sont relégués derrière ; un assistant dressé au doigt et à l’oeil (Ruben manifeste qu’il a peut-être un peu froid, l’assistant accourt avec une petite laine et la lui enfile sur scène) ; un manque d’énergie sur la plupart des titres, avec des musiciens statiques et un Ruben un peu mou du genou (bon, 63 ans, mais quand même…)… autant d’éléments qui m’ont perturbée et rendue moins sensible aux qualités du spectacle.

Pourtant, objectivement, il en avait des qualités ce show ! Et surtout celui d’être animé par des musiciens de grand talent, qui nous ont offert de superbes solos – et je ne parle pas seulement de Jimmy Bosch, amoureux de Vic au point de s’inviter lui-même sur des concerts où il n’est pas prévu, et, artiste du boeuf, affirmant sa philosophie de la musique en montant sur scène dès qu’il le peut, quelle que soit la notoriété du groupe avec lequel il se décide à jouer -, et des versions magnifiques de titres plus ou moins connus de Ruben Blades (notamment deux versions à tomber par terre de Juan Pachanga et Plantacion adentro)… de vrais moments de magie. Parce que oui, à la première seconde où Ruben a ouvert la bouche, la magie a opéré, et j’ai eu des frissons. Et pour ces frissons-là, je peux pardonner la mégalomanie d’un artiste sans le moindre doute talentueux, mais qui a le défaut, comme beaucoup, de se prendre pour un génie… ce qui ne l’empêche pas de saluer un à un chacun de ses musiciens à la fin du concert. Ouf !

7/10 (mais j’aurais tellement voulu mettre plus…).

Prince brade les prix…


2011
08.03

… mais pas la qualité.

Fin juin j’avais finalement décidé d’acheter des places pour le concert de Prince, ne pouvant résister à la tentation d’aller voir THE artist, celui que j’espère pouvoir admirer en concert depuis que j’ai 13 ans – et ce même si le coût du concert dépassait quand même le budget que nous pouvions nous permettre d’investir, mon homme et moi. D’un côté, la folle envie de voir Prince – envie d’autant plus forte que nous n’avions pu aller à Arras l’année précédente -, de l’autre, l’envie tout aussi folle de partir quand même un peu en vacances cet été… mais Prince avait fini par avoir raison de nos derniers rêves de plage, et j’avais commencé à chercher des places au meilleur prix quand, cerise sur le gâteau de la pop, l’artiste, généreux comme un Prince (ha ha), décida, à quelques jours du concert, et alors que je m’escrimais à négocier les meilleurs prix pour racheter des places sur ebay, de brader une bonne tripotée de places toutes catégories – places que la crise allait sans cela visiblement lui laisser sur les bras. Du coup, et sans la moindre hésitation cette fois, nous avons sorti la carte bancaire et acheté deux bonnes places en première catégorie. Joie.

Et parce qu’un bonheur ne vient jamais seul, il se trouve que – mais je ne suis pas sûre qu’on puisse en être surpris – le concert fut excellent, au bémol près que nous ne nous attendions pas à le trouver si court, Prince étant réputé pour ne pas savoir mettre le mot « fin » sur l’une de ses prestations, preuve en est de l’apparition faite sur Canal Plus l’avant-veille, qui avait largement débordé du créneau horaire attribué au Grand Journal et que la chaîne avait dû relayer sur son site internet. Mégalo le Prince, mais généreux donc, aussi… et surtout, musicien comme probablement pas un autre ne sait l’être, c’est-à-dire : roi de la scène. Il l’a d’ailleurs rappelé sur le plateau de l’émission, cette prééminence absolue de la scène pour le musicien : face à la dérive du téléchargement illégal Prince réaffirme l’importance de la musique « en live » face à tout enregistrement studio. Si les mp3 circulent gratuitement, que le musicien gagne sa vie dans la sueur et la lumière des spots – le public ne s’en plaindra pas. Et sans doute que le public basique, aussi peu riche que je le suis moi-même, investira plus facilement dans des sorties concerts qu’il n’aura plus à le faire dans des disques… mais bon, ceci est un autre débat.

Je disais donc que le concert, de plus de deux heures pourtant, nous a paru trop court, à mon homme et moi, tant il y a de morceaux que nous aurions voulu entendre, et tant personne, sur scène comme dans le stade, ne semblait fatigué. Hélas hélas, le stade de France a des règles draconiennes en la matière, et la sécurité impose de s’arrêter aux alentours de minuit. Menacés de nous transformer en citrouilles nous avons donc fui vers le parking, non sans avoir avant cela profité d’une prestation absolument formidable. La première partie du concert était constituée de reprises de standards funk et pop principalement, y compris un petit clin-d’oeil à Michael Jackson – l’illustre « ennemi de toujours » de Prince, en tout cas selon la presse (parce que franchement si on y réfléchit on ne voit même pas pourquoi les comparer) -, puis le groupe a abordé le répertoire de Prince, en renouvelant les morceaux et en les enchaînant comme dans un gigantesque medley, laissant, of course, la part belle à Love Symbol soi-même, qui nous a même gratifiés sur la fin d’une petite chorégraphie ma foi fort agréable. Mais même s’il se taille la part du lion dans un léger assaut de mégalomanie – une mégalomanie pour laquelle il est par ailleurs bien connu (« WHAT’S MY NAAAAAME ???? » et nous en choeur « PRIIIIIIIINCE !!!! ») -, Prince, musicien polyvalent (qui a même ici quitté la gratte un instant pour un superbe solo de basse), n’en écrase jamais pour autant les musiciens dont il s’entoure, dont il sait s’entourer (comme ici Maceo Parker)… Tiens en parlant des musiciens dont il s’entoure, je vais plagier mon père qui m’a signalé lorsque je n’étais qu’une enfant à quel point Prince a à la fois l’oeil et l’oreille pour sélectionner des musiciennes ultra-brillantes et absolument torrides en même temps – ce qui s’avère tout aussi vrai aujourd’hui, car de la bassiste aux choristes chacune était monstrueusement charismatique et plus que talentueuse en son domaine,  la palme revenant à la chanteuse-guitariste qui, plus sexy que Lucifer en string, a probablement brisé quelques coeurs, et même quelques couples, lors de sa déclaration d’amour chantée aux Parisiens. On pouvait littéralement sentir la chaleur exsuder par tous les pores masculins, et je crois bien qu’à ce moment-là le stade de France n’était plus qu’une gigantesque érection…

Bref, une soirée torride, pleine d’émotions et de sensualité, un show à la hauteur du lieu et du bonhomme, à la réserve près qu’il fut trop court. Mais il est bien connu qu’il vaut mieux laisser après soi un goût de trop-peu plutôt qu’un goût de too much… et tant pis pour le trop-peu, après tout, je ne peux pas faire autrement que d’attribuer un 10/10 à mon premier amour musical. Merci Prince, et… encore, encore, encoooooore !!!!

http://www.youtube.com/watch?v=o6seRkTeEQ8

Tempo Latino 2010


2010
08.11

Ahhhhhh… le fameux festival de Vic-Fezensac ! – ou comment faire d’un village paumé du Gers la capitale française de la salsa !

Tempo Latino c’est quatre jours d’hommage à la musique latine, dont trois entièrement consacrés à la salsa, et cette année, j’y étais. J’ai donc pu profiter de l’ambiance exceptionnelle des arènes, envahies par de nombreux aficionados, certains d’origine latine mais d’autres aussi Français qu’il est possible de l’être, convertis à la latinité par leur passion de la salsa. C’est drôlement beau à voir, cette synergie, cette communauté de plaisir, surtout en ces temps d’égoïsme et de nationalisme pas forcément toujours de bon ton… comme quoi pour réunir les gens, il n’y a pas que l’identité nationale… ahum.

Cette année au programme de Tempo Latino il n’y avait que du très agréable. Jusqu’au dimanche soir, rien d’extraordinaire, mais aucune déception non plus, et puis le dimanche… BAOUM !!!

- le vendredi, Calambuco, une découverte colombienne festive avec des musiciens très généreux et à qui on a envie de souhaiter la même carrière internationale qu’à leurs compatriotes de la 33 – merci les gars pour la démonstration brillante de ’soneos’ en collaboration avec le choriste de Choco Orta, et pour l’esprit de pure salsa que l’impro du tromboniste et celle du choriste de Choco a su apporter -, et les korrigans en délire de Salsa Celtica (introduits par deux MCs déguisés en Ecossais kilté et en lutin irlandais, mélangeant allègrement le whisky et l’armagnac pour un cocktail de bienvenue dans le Gers), complètement allumés, et d’une qualité technique assez hallucinante – imaginez le mélange de musique celtique traditionnelle (irlandaise et écossaise) et de salsa… vous voyez ? non ? c’est ici : http://www.salsaceltica.com/. Un seul regret : pas forcément ‘bailable’, la musique de Salsa Celtica… et un petit reproche : l’harmonie n’était pas tout à fait au rendez-vous dans le groupe, avec un pianiste totalement effacé qui faisait presque la tronche, et un chanteur un peu absent, pas aussi généreux que le bongocero ou les musiciens celtiques. Mais j’ai beaucoup pensé à mes amis musiciens, que cette inventivité et cette technicité auraient laissés pantois.

- le samedi, expérience mitigée : les bons musiciens de Grupo Fantasma n’étaient pas tout à fait assez salsa pour nous ce soir-là, notre envie de danser commençait à prendre le dessus, nous n’avons donc pas écouté le concert jusqu’au bout – mais cela n’enlève rien à la qualité musicale des quatre morceaux entendus. Nous sommes revenues pour Choco Orta, un personnage complètement délirant et du même coup attachant, dont le numéro nous a bluffées. Il me semble très compréhensible que d’autres n’aient pas accroché au one-woman-show qu’elle nous a fait, car au-delà de sa personnalité et de son groove, il ne restait pas grand’chose : les musiciens ne dégageaient rien, il n’y avait pas d’harmonie, d’esprit de groupe – se connaissaient-ils seulement avant le concert ? – et je me suis même demandé s’ils prenaient du plaisir à jouer pour elle, sachant qu’elle leur vole la vedette de A à presque Z (non parce qu’elle les présente quand même !) : lors du solo du conguero, Choco l’a proprement dégagé de derrière ses congas pour prendre le relais, et idem pour le solo de timbales – qu’elle a pourtant moins bien réussi. Mais il reste un franc moment de rigolade, et une admiration sans bornes pour ce bout de femme qui s’agite sur la scène, court partout, fait même des pompes (cocaïne ou adrénaline ?), chante avec ses tripes, improvise comme il se doit, nous parle, et évoque les plus grandes chanteuses noires du rock et de la soul, Tina Turner en tête. Généreuse jusqu’au bout, elle reviendra pour ses trois rappels, et rien que pour ça : merci Choco !

- le dimanche, ahhhh… le dimanche ! Une première partie très honorable assurée par la Sucursal S.A., une formation de Barcelone, visiblement ravie d’être là et dont le plaisir était communicatif. Quelques reprises de standards, dont un très agréable Guararé – pour lequel je remercie Amour d’avoir été mon partenaire de danse -, un clin-d’oeil plus que sympa au regretté Michael Jackson, avec une version latine de Thriller, et hop, c’est au tour de la formation de Jimmy Bosch de prendre la scène. Et là… la claque – les claques. Première claque : tous les musiciens sont des superstars, ils ont accompagné les plus grands, et ce concert qui les réunit de façon très exceptionnelle est un TRES gros cadeau qu’on nous fait. Deuxième claque : les deux premiers morceaux sont ultra-décevants… eh oui ! Mauvais réglage de son, on s’en prend plein les oreilles avec des basses surchargées et les chanteurs semblent chanter faux… ça promet ! Troisième claque : a priori la régie a corrigé le tir et le concert devient tout bonnement une tuerie… chaque solo est un truc monstrueux, le timbalero joue comme un boxeur en apesanteur, le pianiste – enfin les pianistes devrais-je dire, puisque l’un des morceaux sera joué par un guest de l’est à l’étrange coiffure de page médiéval, mais aux doigts de fée – sont excellentissimes, chaque instrumentiste à vent déchire, et les deux soneros, jeunesse versus expérience, sont à tomber. Le meilleur : le visible plaisir que prend chacun des musiciens à jouer avec les autres, les sourires, les accolades, les défis fraternels, et la fierté d’être là et de jouer avec Un Tel : voilà ce que doit être l’harmonie dans un groupe. Jimmy Bosch en leader modeste, fier de ses recrues, attentif au plaisir de chacun, heureux d’être à Vic où il se dit – et se sent visiblement – “en famille”, est touchant, au-delà d’être excellent dans sa partition de tromboniste : il soutient visiblement la grande chanteuse blonde qui, à sa droite, n’en mène pas large, a priori très impressionnée d’avoir été recrutée pour ce concert, et qui se rassérène peu à peu dans toute cette chaleur humaine… La générosité extrême du groupe qui a joué au final pendant plus de trois heures, nous laissant sur les rotules mais ravis absolument, sera pour moi le meilleur souvenir de ce Tempo Latino 2010. Et finir en apothéose est le meilleur moyen de se rappeler positivement cette édition… bien joué les organisateurs !

Au-delà du on, Tempo Latino c’est aussi un off – dont j’ai hélas très peu profité, mais qui habille les journées et les nuits du festival de bon live -, des sandwiches au magret de canard et des verres de vin rouge, des gens totalement beurrés et des comas éthyliques dans l’esprit des ferias du sud-ouest, des moments entre ami(e)s qui ne se voient pas souvent, des before et des after dans les bars locaux avec de super DJs (ou de moins bons, mais passons…), des danses-que-du-plaisir-pas-de-démos-parisianistes, du soleil, et de la pluie aussi – parce que Tempo Latino, c’est de tout et pour tout le monde, et y’a pas de raison que la pluie en soit exclue.

Un village entier qui ne vibre que par et pour la salsa pendant trois jours, et c’est en France que ça se passe ! Vous devriez maintenant savoir ce que vous faites, le dernier week-end de juillet 2011… non ?

http://www.tempo-latino.com

Tempo Latino 2010

Cet article a également été publié sur le site www.quatre-epices.fr et sur le groupe facebook de l’association Quatre Epices.

Gill Scott Héros


2010
05.19

Lundi 10 mai Gill Scott Heron était de passage à Paris pour deux concerts à guichets fermés au New Morning. Arrivés bien après la bataille des places sur le net nous avions dû nous résoudre à ne pas pouvoir assister au concert, ce qui désolait beaucoup mon homme, qui pour se venger passait le dernier CD de Gilou en boucle sur nos platines. C’est comme ça que, ayant découvert l’artiste et sa voix de basson, je me suis mise à avoir envie d’aller au concert… alors, parce que qui ne tente rien n’a rien – et aussi un peu pour pouvoir écouter autre chose à la maison -, j’ai cherché des places en ligne, et ai fini par m’inscrire sur le réseau des « remises en vente » de Digitick, après avoir une ènième fois fait chou blanc dans ma recherche de billets encore disponibles.

J’avais totalement oublié cette inscription qui datait un peu lorsque, vendredi 7 mai, je reçois un email confirmant la disponibilité de quelques nouvelles places pour le concert de 19H. Je n’ai pas réfléchi trop longtemps, j’ai foncé sur ma carte bleue… et c’est comme ça que nous nous sommes retrouvés au New Morning lundi dernier. Je vous passe la joie de mon amoureux, qui allait voir un de ses héros sur scène, et ma petite satisfaction personnelle de lui avoir fait plaisir… au final je me suis bien fait plaisir aussi, même si ça n’était pas parié d’avance compte tenu des conditions déplorables de l’accueil au New Morning. Donc avant de parler de Gilou, je vais me fendre d’une petite critique bien méritée : mais b*rdel de m*rde est-ce qu’on ne se foutrait pas de la gu*ule des clients au New Morning par hasard ????? rontûdjû (comme dirait Prunelle devant une nouvelle bourde de Gaston Lagaffe) !!!! Déjà j’admets assez mal le fait que, contrairement au théâtre, à l’opéra, ou même à d’autres salles de concert, on paie exactement le même prix, qu’on soit placé tout devant tel un aristo de la musique, assis avec un verre autour d’une petite table ronde très cabaret, ou au fond avec la plèbe, debout à chercher désespérément quelque chose sur quoi grimper parce qu’on mesure 1,69m et qu’on ne voit rien.. Ensuite, faudrait voir à concevoir des salles intelligentes !!! A quoi ça sert de construire la majorité de la salle au même niveau que la scène ??? au final seuls ceux qui sont dans la fosse y voient quelque chose, et bien sûr ceux qui sont sur les premières marches : sans une vue en plongée tous ceux qui passent le troisième rang sont emmerdés. Enfin, le comportement des gens qui vous passent devant pour « aller rejoindre quelqu’un » mais finalement rester à deux pas devant vous, en vous bouchant un panorama chèrement acquis, mériterait des baffes – ou une sorte d’organisation de la part des gérants de la salle (mais là j’en demande sans doute trop).  Ne pas oublier bien sûr les tarifs prohibitifs du bar, l’absence de vestiaires (sympa, avec les casques et les blousons de moto !!!) et l’amabilité de la régie technique qui vous fait comprendre que vous tenir debout en appui sur l’un des échafaudages ça craint, mais laisse quelqu’un d’autre s’y installer après que vous avez bien gentiment obéi et déserté une place où pourtant la vue s’offrait, plutôt bonne…

Je ne sauve de cette diatribe que le videur, adorable au possible, qui m’a vue désespérée – ou très énervée, au choix – et m’a emmenée de l’autre côté du bar et postée sur une solide cagette d’où j’ai pu admirer le spectacle que formaient Gilou et ses musiciens sans avoir l’impression d’être restée à la maison à écouter tourner un CD – tant il est vrai qu’un concert, si c’est pour ne rien voir du tout de ce qu’il se passe sur scène, ne représente pas une plus-value certaine par rapport à une simple écoute de musique enregistrée. Payer 33€ juste pour écouter me semble légèrement aberrant…

Et Gilou dans tout ça ? Eh ben Gilou, formidable… merveilleux… généreux au point de revenir face aux rappels grandissants de ses admirateurs, alors qu’il avait été prévu qu’il n’y aurait pas de rappels, que sa voix commençait à se casser légèrement, et que piétinaient déjà dehors les impatients autres admirateurs qui avaient, quant à eux, obtenu des places pour le concert de 21H. Gil Scott Heron avec ses textes et ses compositions mélodiques, poétiques, harmonieux, dit/chanté de sa voix noire de Sudiste new-yorkais, aux frontières du jazz et du blues, avec des accents à la Barry White. Gil Scott Heron et ses musiciens monstrueux, polyvalents (le saxophoniste est flûtiste, le pianiste est harmoniciste), qui tiennent chacun un rôle à la fois musical et historique dans le quartet, puisque les instruments choisis pour ces concerts rappelaient tous un fragment de l’histoire noire américaine : un conguero brillantissime (et qui le savait !) pour apporter une touche de latinité, un joueur d’harmonica mélancolique et humble pour évoquer à la fois la conquête de l’ouest et le blues du sud, un saxophoniste pour rappeler le jazz américain… et Gilou au milieu, pour faire frissonner tout le monde – et sans doute en faire pleurer quelques-uns.

Ah si j’étais restée dans le fond à lutter pour y voir clair, j’aurais raté la douceur des sourires de Gil Scott Heron, ses yeux brillants et rieurs, et tout cette mélancolie d’un que la vie n’a pas épargné, ni en bien ni en mal, et pour qui la musique, et j’oserais dire la littérature – car ses textes sont des poèmes et qu’il vend des livres aussi bien que des albums de musique -, est un moyen évident, naturel, et privilégié, de laisser voir ses émotions à ceux qui veulent bien les prendre et en vibrer.

Gil Scott Heron, Gil Scott, ce héros…

10/10 à Gilou et ses musiciens, 10/10 à mon pote le videur… mais 1/10 au New Morning (le 1 c’est pour avoir eu l’idée de le faire venir), ça fait une moyenne de 7/10… mais Gilou vaut beaucoup plus.

http://www.photomatisme.fr/gil-scott-heron/

Marlena Shaw, a woman of the ghetto


2010
04.07

Marlena Shaw

Lundi 29 mars au New Morning, c’était la soirée de Marlena. Marlena que je ne connaissais pas avant que mon homme, bassiste de son état, ne m’emmène par surprise admirer un one-woman-show comme j’en avais rarement vu ! Comme je ne la connaissais pas, il vous sera pardonné de ne pas la connaître non plus. Enfin, il vous sera pardonné de ne pas l’avoir connue !!! Parce que maintenant que je vous en parle, il faut foncer sur deezer, youtube, ou carrément chez votre disquaire favori, et puis surtout, si elle passe par chez vous, prenez les tickets sans vous poser de questions.

Parce que Marlena, c’est non seulement une grande artiste – des années 70 surtout -, mais aussi une femme incroyable dont la pêche et l’humour ratiboisent absolument TOUS les chanteurs que j’aie pu voir sur scène, même Sugar Mama à Shanghai qui était jusqu’alors, avec ses yeux dorés de magnifique crapaud, son incroyable sex-appeal et ses shots de tequila sur scène, ma référence en matière de chanteuse noire de plus de soixante ans.

L’entrée sur scène de Marlena Shaw se fait avec une canne, car la dame n’est plus toute jeune et un peu abîmée par la vie – ce dont a priori elle ne lui tient pas rigueur, vu sa patate -, mais le show se fait debout, et intégralement avec  le public. Elle vous parle, elle vous berce, elle vous fait rire, elle vous fait pleurer aussi si vous laissez faire ! Du public fusent des demandes en mariage provenant d’hommes de trente ans à peine, des 40-50 ans excités comme des pous revivent leur enfance ou leur adolescence, et, sur scène, Marlena entonne tube sur tube en les espaçant par quelques réflexions humoristiques bien senties sur les hommes, les femmes, la jalousie,…, surveillée de très près par une jeune femme qui connaît toutes les paroles par coeur et qui visiblement vérifie que la dame ne se laisse pas emporter par sa joie d’être là et économise tout de même ses efforts (d’ailleurs il n’y aura pas de rappel, Marlena a tout donné).

Marlena n’oublie pas non plus ses musiciens : dans la plus pure tradition jazz les solos s’enchaînent, et elle est la première à les applaudir. Elle les présente, les complimente, et joue avec eux : lors d’une plantade elle se moquera d’elle-même et reprendra avec un clin-d’oeil… car oui, la machine n’est pas parfaite, il y a quelques erreurs et des rouages grippés : la voix de Marlena, par exemple, ne la porte plus jusqu’aux aigus qu’elle maîtrisait à ses débuts, elle est plus éraillée, plus grasse, plus grave : une voix black et âgée, pleine de vie – ou de vécu plutôt, où s’entendent l’expérience et l’auto-dérision, et une énorme sensualité qui emporte avec elle toutes les résistances. Une mangeuse d’hommes, on en jurerait… mais aussi, ce soir-là, une mangeuse de peines. L’espace d’un concert, Marlena Shaw dévore toutes les obsessions néfastes qui abîment les Parisiens, et vous balance, par une trouée dans le temps, une pêche d’enfer qui vous lave de fond en comble.

Vive les années 70 !!!… et vive Marlena Shaw, la mangeuse de douleurs… 8/10, et que du bonheur.